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Mon tour de ( la )France
Je dédie mon tour de France à un cyclotouriste rencontré
dans le col de Vars, le 24 juin, avec lequel j’ai roulé pendant un petit
moment : Thomas PAPAY.
En voyant ma plaque de cadre, il me dit que c’était
formidable ce que je faisais et en discutant, j’appris qu’il allait, seulement
penseront certains, de Bourg-st-Maurice à Nice par la route des Grandes Alpes.
Mais ce raid, il le faisait à la force des bras, étant privé
de l’usage de ses jambes, et en autonomie avec son fauteuil en remorque :
cela mérite bien le plus grand respect.

Quand je l’ai quitté à Jausiers, il allait prendre une
journée de repos : j’ai eu de ses nouvelles et il a terminé son périple le
29 juin 2007.
J’espère avoir le plaisir de rouler à nouveau avec lui car il
est un bon compagnon de route et nous avons des idées communes sur la pratique
du cyclotourisme.
La préparation
Ce tour de ( la ) France, j’en rêvais depuis le 13
août 1981 quand au cours de mon premier voyage itinérant, j’avais croisé
au sommet de l’Izoard un couple effectuant ce périple.
26 ans après, mon rêve s’est concrétisé et je me demande si
je ne suis pas encore en train de rêver tellement tout s’est bien déroulé,
malgré une météo aléatoire.
J’espère par mon récit donner l’ envie à certains de se
lancer dans l’aventure ( j’ai peut-être convaincu un cyclo auvergnat rencontré
justement au sommet de l’IZOARD ), ce qui peut se faire de multiples
façons : en groupe, avec une voiture accompagnatrice, en deux ou trois
périodes sur trois ou quatre ans ou dans une formule en soixante jours.
J’avais environ 7000 kilomètres au compteur au moment du
départ : c’est le résultat de la préparation et de la réalisation des
brevets qualificatifs pour Paris-Brest-Paris 2007.
Je m’étais préparé à avoir des jours difficiles, à me
demander ce que je faisais là sur le vélo et ce n’est jamais arrivé : la
beauté des paysages traversés et le souci de ne pas décevoir les enfants qui me
suivaient dans mon voyage étaient sans doute des motivations suffisantes.
Le matériel
Ma randonneuse, datant de 1987, que j’avais modifiée cette
année en montant des pédales automatiques en particulier, équipée de roues de
650.

Trois plateaux de 50,40 et 28 et une roue-libre avec des
pignons de 14, 16, 18, 20, 22, 24 et 28 dents permettent de passer
partout : le 28-28 permet de monter les côtes à 7,2 km/h avec une
fréquence de pédalage de 60 tours minutes, ce qui reste assez souple.
Pour la pluie, je pense que la cape est indispensable car
elle protège les jambes, sauf les pieds.
A noter une selle en cuir brooks dont certains se
gaussaient : un vrai régal et je crois que je vais l’installer à la place
de mon fauteuil. Par mesure de précaution, j’ai quand même utilisé trois tubes
de Mytosil pour bébé.
La logistique
Mon vélo était équipé au départ de quatre sacoches :
une de guidon, deux latérales à l’avant et une sur le porte-bagage à l’arrière.
Elles contenaient le nécessaire pour rejoindre Lille :
huit cuissards, huit maillots à manches courtes, deux maillots à manches
longues, un pantalon, un short, deux polos, des mocassins, etc…...
J’avais également un K-way, des jambières, des gants de
laine, une couverture de survie et un atlas routier malgré une préparation
minutieuse de l’itinéraire : cela ne m’aura pas évité quelques erreurs qui
se paient en kilomètres et je « hais » les voies rapides dans
lesquelles la signalisation vous entraîne, sauf en Bretagne où des panneaux
spécifiques aux vélos et aux tracteurs existent.
Au dixième jour, j’ai envoyé le linge sale avec les deux
sacoches latérales dans ma famille à Lille.
Au passage, j’ai repris une partie du linge propre et
expédié le reste dans un hôtel à Albertville.
Pour le couchage, je suis du genre aventurier carte
bleue : un petit hôtel chaque soir avec douche et WC, sans réservation
préalable.
Je n’ai pas rencontré de difficultés car au mois de juin et
pour une personne, il reste de la place, sauf à Cancale et à Morteau, mais cela
s’est finalement bien résolu.

Hôtel
Beau site : le salon
Hôtel Beau site
: le jardin
Hôtel les deux magots :
la salle à manger
Argelès-Gazost
Argelès-Gazost
La Rôche-Bernard
A noter que l’on trouve encore des endroits abordables et
agréables, en particulier dans la France dite « profonde », où on
peut trouver une soirée étape (repas, chambre et déjeuner) pour 52 euros, et
croyez-moi les plus robustes appétits seront rassasiés.
Le découpage
27 étapes dont cinq dans les Pyrénées et autant dans les
Alpes : ces dix étapes ont été effectuées avec une moyenne de 126
kilomètres par jour et les autres de 209 kilomètres.
Je tiens à la disposition de ceux qui sont intéressés un
tableau complet avec les heures de départ et d’arrivée, la longueur, la
moyenne, le temps d’arrêt pour chaque étape : le tour en chiffres.
Les incidents
Un
pneu éclaté et deux crevaisons : là aussi,
j’ai été épargné mais j’avais
fait révisé mon matériel avant le départ.
La
météo
Je
n’ai jamais souffert de la chaleur, mais la pluie ne m’a pas épargné.
Quelques
temps forts :
*
le
passage du col de Paihleres à 2000 m, entouré par la neige tombé dans la
nuit : un cyclo croisé au bas du col m’avait informé que le chasse-neige
était passé le matin au sommet,
* La montée du col de La Madeleine sous la pluie,
Passage au col de Paihleres
Passge au col de La Madeleine
*
La
montée et surtout la descente du Tourmalet sous une pluie battante, laissant
une couche de 1 à 2 cm d’eau sur la chaussée : dans ces conditions, il
faut garder les freins serrés et les mains s’ankylosent très vite.
Vélo à rétropédalage en haut du Tourmalet
J’ai bien attendu au sommet une accalmie mais cela ne
faisait qu’empirer : j’en ai profité pour photographier quelques vélos du
début du siècle dernier dont un modèle de 1933 à rétropédalage.
*
trois orages très violents vers Béziers, St Pol de Léon
et Etaples.
Le voyage J’ai
aimé la variété et la beauté des paysages
traversés en
général : à la vitesse modérée
où je roule, j’ai le temps d’apprécier
l’élégance d’un clocher, d’une ferme,
le vol des rapaces ou le grandiose des
montagnes.

Clocher dans les
Pyrénées
Ferme au Pays Basque
Clocher en
Bretagne Place
en Bretagne

Le Mont Saint-Michel
Statue de la Paix en Normandie
Maison en
Alsace
Je suis toujours tenté de m’arrêter pour prendre des photos,
mais cela n’est pas toujours possible car la pendule tourne.
Je retournerai faire du vélo dans au moins quatre
régions : le Pays Basque, la Bretagne, les Vosges et le Jura, en prenant
le temps de découvrir tout ce que je n’ai pu qu’apercevoir.
Les rencontres
- Un
tour de France comme moi, croisé deux fois à Concarneau et au col du
Lautaret.
- Un
autre tour de France rattrapé dans le Soulor : il avait choisi la
formule en soixante jours mais il était en cyclo-camping et avait
soixante-seize ans

- En cyclo-camping, à 76 ans.
- Un
cyclo en Bretagne avec un vélo équipé pour le voyage ( porte-bagages
surbaissés ), qui passe toutes ses vacances à sillonner les routes et les
chemins d’Amérique du Sud. Responsable des cantines de Lorient, il avait
participé à un congrès à Aix la semaine précédente.
Nous avons beaucoup discuté sur
la pratique du cyclotourisme et si nous étions d’accord sur beaucoup de points,
je l’ai trouvé parfois un peu dur à l’égard des « couraillons du
dimanche »,
- Quatre
cyclos de Châtellerault, dont une dame, qui effectuaient leur propre tour
et avec lesquels j’ai gravi le col de Fouchy,
- Un
couple de canadiens en haut du Tourmalet : ils sont arrivés sous la
pluie battante avec juste un maillot à manches courtes et rien de plus pour la descente et m’ont
dit qu’ils étaient habitués au grand froid.
- La
montée du Galibier en compagnie de 120 dragueurs belges : il s’agit d’employés d’une entreprise
de dragage en mer. Celle-ci organise chaque année un voyage pour gravir un
col mythique ( le Ventoux en 2006) : 1000 km en car, un jour de vélo
et 1000 km en car.
- La
montée du Restefond ( la Bonette ) dans un peloton de 300 unités :
299 mouches et moi. J’arrivais à les distancer que dans les lacets avec le
vent de face.
Le nombre de cyclos croisés n’est pas aussi important que je
l’aurai cru : il faut dire que la météo des week-end n’était pas des plus
favorables.
Par contre, j’ai vu de nombreux groupes de motards anglais,
allemands et suisses en particulier.
La dimension pédagogique du voyage
J’avais proposé à l’institutrice, Mariane, de la classe de ma petite fille de rester en
contact : il s’agit de la classe des grands de l’école maternelle
St-Exupéry de Peymeinade.
J’avais donc préparé une grande carte de France comportant
les fleuves et quelques grandes villes ainsi que les soixante points contrôles
et la ville de départ et d’arrivée : Peymeinade près de Grasse.
La veille du départ , j’ai rencontré les enfants avec mon
vélo chargé pour leur parler de mon projet et répondre à leurs questions.

Avec
les enfants, avant le départ
Dans la
cour de l'école
Deux exemples des réactions des enfants :
- question
« Monsieur, qu’est ce que vous gagnez ? »
réponse « rien, juste une
médaille »
commentaire de l’enfant «
alors, à quoi ça sert »
J’ai bien sûr expliqué qu’il
s’agissait d’un défi physique et moral, et aussi de prendre du plaisir à
parcourir la France.
- Je
parlais de l’Océan Atlantique et une petite fille fit le commentaire
suivant : « Monsieur, je connais, c’est là que ma copine a
perdu son chouchou dans les vagues ».
Ensuite, pendant le voyage, j’ai envoyé des mails décrivant
les paysages rencontrés et donnant les points de contrôle passés pour qu’ils
suivent ma progression et dessinent la carte de France en reliant les 60 points
sur la feuille individuelle qu’ils possédaient.
Je leur expédiais aussi des cartes postales.
A mon retour, j’ai passé une matinée avec eux pour leur
raconter, répondre à leurs questions et leur montrer quelques photos : j’ai
pu constater qu’ils avaient fait de la géographie car Mariane leur a fait
situer quelques régions sur la carte.
La conclusion
« Heureux qui , comme Ulysse, a fait un beau
voyage….. » et heureux je le suis :
- d’avoir
réalisé mon rêve,
- de
ne pas avoir vu le temps passé,
- de
pas m’être ennuyé une seule seconde,
- de
m’être "régalé" tous les jours.
Je remercie tous ceux qui m’ont encouragé, soutenu et aidé
dans la réalisation de mon projet : Anne-Sophie, Marianne, Cyrille, Marc,
Marcelle, Patrick, Clotilde, Sébastien, André, Armande, Monmon, les enfants de
la classe de Mariane et tous les autres.
François HENNEBERT
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